Marc Sabatier

Fondateur et CEO de Julhiet Sterwen, investisseur actif et mentor de startups

Marc Sabatier aurait pu suivre une trajectoire toute tracée : une carrière d’ingénieur, rigoureuse et rationnelle, après des études à Centrale Nantes et un diplôme de Master en Administration des entreprises. Le genre de parcours qu’on décrit dans les dîners de famille comme une réussite modèle.

Des débuts d’ingénieur en quête de sens

Mais Marc est de ceux qui aiment comprendre les rouages plus que les machines : les dynamiques entre les gens, les logiques invisibles des organisations, les forces discrètes qui font ou défont la réussite d’un projet. « Je suis un ingénieur défroqué », confie-t-il souvent, avec un sourire. Un ingénieur qui a bifurqué, qui a préféré observer le vivant des entreprises plutôt que leurs schémas industriels.

Après un premier passage dans l’industrie, il rejoint Ernst & Young. C’est la grande école du conseil : l’endroit où il apprend les codes du métier, la méthode, le rapport au client, la rigueur intellectuelle.

Il intègre ensuite la Caisse des Dépôts et Consignations, pour un projet d’envergure mêlant stratégie, politique, expertise métier et finance. Deux ans intenses, dans un univers où la transformation ne se décrète pas mais s’argumente. Il y découvre le pouvoir des structures complexes, les particularités des organisations publiques et l’importance cruciale du facteur humain. Cette expérience marquera profondément sa vision du management : il y observe que, dans bien des cas, les difficultés ne viennent pas de la technique, mais des relations. « On peut mettre en place tous les outils du monde, si deux sponsors de projet ne partagent pas la même vision, le projet échoue », dira-t-il plus tard. Ce constat fondateur sera la graine de son futur empire : comprendre les dynamiques humaines, avant les organigrammes.

À la suite de cette expérience, Marc décide de voler de ses propres ailes. En 1996, il fonde SterWen, son premier cabinet de conseil, avec un camarade de longue date — un projet mené sur un ton à la fois audacieux et insouciant. Les débuts sont artisanaux : deux associés, quelques clients, une ambition claire : améliorer la performance opérationnelle sans jamais oublier les hommes derrière les processus. La société s’ancre d’abord dans le monde bancaire et financier : stratégie, organisation, relation client, performance. Rapidement, elle se fait remarquer. Marc y développe un goût particulier pour la transformation des systèmes complexes, ces chantiers où se mêlent chiffres, politiques internes et émotions humaines. Mais ce qu’il apprend surtout, c’est que l’on ne change pas durablement une entreprise sans veiller à aborder toutes les dimensions et dynamiques de la transformation : marché, organisation, process, gouvernance, outils, management, engagement et compétences des collaborateurs, etc.

De ces premières années naît une conviction : l’humain est le cœur battant de toute transformation. C’est cette intuition qui l’amène, quelques années plus tard, à créer Julhiet Sterwen (2014), fruit de la fusion entre expertise business (SterWen) et expertises autour de l’humain (Bernard Julhiet). Son ambition : réunir sous un même toit les expertises du conseil stratégique, de l’organisation, du digital, mais aussi du management, des compétences, de la coopération et de la culture d’entreprise. À ses yeux, ces deux mondes — celui des chiffres et celui des émotions — ne sont pas opposés : ils sont indissociables et se combinent pour maximiser les chances de réussite des transformations. « Tout projet de transformation doit parler autant à la tête qu’au cœur », répète-t-il souvent. C’est cette double dimension, business et people, qui deviendra la signature de Julhiet Sterwen : un cabinet capable d’accompagner les entreprises aussi bien sur leurs modèles économiques que sur leurs modèles relationnels.

Un modèle d’organisation unique au monde

Julhiet Sterwen ne ressemble à aucun autre cabinet de conseil. Dès le départ, Marc Sabatier refuse les hiérarchies pyramidales, les comités de direction et le management command & control. « Personne ne contrôle personne », dit-il. La responsabilité n’est pas partagée à moitié : elle est totale. Chaque collaborateur est pleinement autonome et responsable sur ses projets. L’agenda du dirigeant se remplit des sollicitations des équipes, et non l’inverse. Ce modèle horizontal, fondé sur la confiance radicale, fonctionne. Le taux de turnover reste inférieur à la moyenne du marché, la croissance ne se dément pas, avec un doublement de la taille du cabinet au cours des six dernières années, et surtout, les collaborateurs recommandent massivement leur entreprise. Marc résume la philosophie ainsi :

« L’autonomie et la responsabilité doivent aller jusqu’au bout. Pas à
90 %, pas en laissant le dernier mile au manager. Si on fait confiance, on va jusqu’au bout. »

Marc ne se définit ni comme un chef, ni comme un patron. Il préfère le mot « leader », même s’il le prononce avec modestie. Il reste avant tout un « doer », un homme d’action, qui aime être sur le terrain, conseiller, écouter, co-créer. Son management repose sur l’exemplarité et l’écoute.
Il croit profondément à la formation par la passion : « On ne se développe que dans les domaines qu’on aime. » Son modèle, c’est celui d’un collectif où chacun apporte ce qu’il fait de mieux et confie à d’autres ce qu’il fait de moins bien. « Il ne faut pas former des clones, dit-il, mais des gens qui se complètent. » Dans cet écosystème de confiance, les collaborateurs deviennent des partenaires, les partenaires des amis, et souvent, les anciens deviennent clients… ou reviennent.

Julhiet Sterwen pratique une politique exemplaire de partage de la valeur. Chaque année, les fondateurs et les actionnaires donnent une partie du capital qu’ils détiennent à plusieurs dizaines de collaborateurs qui ne sont pas encore actionnaires. En 2025, ce sont déjà plus de 8 millions d’euros d’actions qui auront été redistribués. Marc Sabatier raconte, presque ému : « Grâce à ce programme de dons d’actions, les collaborateurs détiennent désormais plus d’actions que les fondateurs. » Ce geste n’est pas symbolique : il traduit une vision. L’entreprise n’est pas un fief, mais un bien commun. Ce modèle a valu à Julhiet Sterwen plusieurs distinctions, dont le « Trophée du projet RH d’envergure » décerné en 2024 par RepubliK RH, saluant son exemplarité en matière de gouvernance et de redistribution.

Une entreprise où il fait bon grandir

Le cabinet est classé première entreprise en France par l’institut Happy@Work/ChoosemyCompany depuis trois ans, et première entreprise en France, toutes catégories confondues, au classement WeImpact, qui mesure l’appréciation par les collaborateurs de la performance RSE de leur entreprise. Les collaborateurs y plébiscitent l’ambiance, la qualité managériale, la confiance et la fierté d’appartenance. Marc y voit la preuve que la performance n’est jamais contradictoire avec le bien-être : « On peut se lever tôt, travailler dur, et aimer profondément ce qu’on fait. L’important, c’est de le faire pour le bien. » Cette phrase, devenue mantra interne, résume son rapport au travail : rigueur, plaisir et conscience. Pour lui, le travail n’est ni un sacrifice ni une obligation, mais une forme d’artisanat. « Faire les choses avec conscience, comme un artisan. »

Sous sa direction, Julhiet Sterwen a connu une croissance régulière et organique. Avec plus de 120 millions de CA réalisé en 2025, le cabinet compte aujourd’hui plus de 700 collaborateurs, présents en France, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Espagne. Malgré cette expansion, Marc tient à ce que l’entreprise conserve son état d’esprit : indépendante, libre, agile, humaine. Chaque nouvelle expertise intégrée — digitale, data, transition énergétique, gouvernance, RSE — vient renforcer l’approche holistique voulue dès le départ. « Nos clients ne nous choisissent pas pour notre taille, mais pour notre regard », aime-t-il rappeler.
La particularité de la gouvernance de l’entreprise est qu’elle ne possède ni Codir, ni Comex, et ne définit ni objectifs ni budget. Pas de hiérarchie, pas de silos, juste une diversité de consultants talentueux qui excellent chacun dans leur domaine, coopérant et travaillant en complémentarité.

À l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans le conseil, Marc garde une vision claire : la technologie n’effacera jamais la relation humaine. « À la fin, quand on aura tout enlevé, il restera l’humain », dit-il. Ce qui distingue Julhiet Sterwen, c’est cette capacité à comprendre les émotions derrière les décisions, à détecter les signaux faibles dans les organisations, à accompagner les mutations culturelles avec respect. Il ne s’agit pas de « faire du digital », mais de rendre le digital humainement acceptable. Dans un monde fragmenté, il milite pour une « coopération retrouvée », convaincu que c’est là que se joue la survie du lien social et économique.

Un entrepreneur aux multiples passions

Lorsqu’il n’est pas plongé dans ses dossiers ou ses réunions, Marc Sabatier se consacre à ses autres amours : l’innovation et la musique. Il est business angel dans plus d’une soixantaine de startups, passionné par les écosystèmes FinTech, la transformation durable et les nouvelles formes de leadership. Co-fondateur de l’accélérateur 50 Partners (2012) et membre fondateur de France FinTech, il milite pour une économie française innovante et humaine. La musique, quant à elle, reste son refuge : il y trouve le même équilibre que dans le conseil – entre rigueur et émotion, structure et improvisation.

Marc Sabatier voit dans la responsabilité — sociale, environnementale, citoyenne — la mission centrale du dirigeant du XXIᵉ siècle. « On se souviendra moins de ce que nous aurons gagné que de la manière dont nous aurons fait preuve de responsabilité », dit-il. Sous sa houlette, Julhiet Sterwen a fait de la RSE un pilier : Société à Mission, politique de partage, actions écologiques, gouvernance participative, inclusion, bienveillance. Mais il refuse le vernis de communication : pour lui, la responsabilité est un acte, pas un discours. Être exemplaire, c’est agir concrètement, avec cohérence, même lorsque personne ne regarde.

Alors que le monde se fragilise, Marc reste optimiste. Il croit à la puissance du collectif, à la nécessité de redonner du sens. Pour lui, le rôle d’un cabinet de conseil n’est plus seulement d’optimiser, mais de réenchanter le travail : d’aider les entreprises à retrouver leur souffle, à replacer la coopération au centre, à réconcilier performance et plaisir. C’est une forme d’humanisme appliqué à l’économie. Et c’est peut-être là la plus belle réussite de Julhiet Sterwen : prouver qu’une entreprise peut croître, prospérer, rayonner — sans jamais trahir son âme.

Marc Sabatier ne revendique ni modèle, ni héroïsme. Il avance avec humilité, en cherchant simplement à « bien faire les choses ». Derrière l’entrepreneur, il y a le musicien, le curieux, le bâtisseur d’équilibres. Son parcours illustre qu’on peut être ingénieur et poète, stratège et humaniste, chef d’entreprise et serviteur d’une cause : celle de l’humain au travail.
À travers Julhiet Sterwen, il n’a pas seulement créé un cabinet de conseil ; il a bâti un laboratoire vivant de confiance et de sens.

Et si un jour on devait résumer sa philosophie en une phrase, ce serait sans doute celle-ci : « Prendre du plaisir à bien faire les choses pour le bien. »