Pierre Gattaz

Président de Radiall, écrivain et propriétaire
du Château de Sannes

Né le 11 septembre 1959 à Boulogne-Billancourt, Pierre Gattaz porte d’emblée l’empreinte d’une famille tournée vers l’entreprise. Son père, Yvon Gattaz (1925 – 2024), cofondateur de l’entreprise Radiall, fut également une figure du patronat français. Fils d’un bâtisseur et d’une mère plus discrète dans les médias, mais présente dans les décisions familiales, Pierre grandit dans un environnement où les valeurs de travail, d’autonomie et de responsabilité étaient plus que des mots : une façon de vivre. Son enfance, juxtaposée aux ateliers et aux discussions stratégiques de l’entreprise familiale, façonne très tôt une conscience entrepreneuriale.

Sur le plan académique, il choisit une voie technologique : il est diplômé de l’École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne (ENST Bretagne) et complète sa formation par un Certificate in Administrative Management à l’université George Washington (États-Unis). Ce double profil — ingénieur formé à la technique, sensibilisé aux rouages de la gestion — sera un atout pour ses futurs choix stratégiques, combinant la rigueur scientifique avec la quête de sens entrepreneurial.

Les premiers pas : entre responsabilité et audace

Après ses études, Pierre Gattaz se lance dans l’arène professionnelle avec humilité, mais déjà avec une ambition discrète. Il commence comme ingénieur d’affaires et chef de projet export chez Dassault Électronique (1984-1989). Cette période nourrit sa conscience des marchés internationaux, de la concurrence technologique, des exigences clients et de la complexité de l’exportation.

Puis, de 1989 à 1992, il dirige Fontaine Électronique Convergie, une filiale du groupe Dynaction, où il occupe la fonction de Directeur Général. Là encore, c’est un laboratoire de gestion industrielle, de restructuration et d’adaptation stratégique. En 1992, il entre dans l’entreprise familiale Radiall en tant que Directeur Général. Deux ans plus tard, en 1994, il en assume la présidence du directoire, devenant le fer de lance de l’entreprise. Ce glissement — de l’auxiliaire extérieur à l’homme de l’intérieur — révèle une forte volonté : celle de transformer le patrimoine familial en plateforme d’innovations et de conquêtes.

Quand Pierre prend la direction de Radiall, l’entreprise est d’abord centrée sur l’électronique de défense. Il décide d’élargir le spectre : télécommunications, aérospatiale, marchés civils high-tech. Sous son impulsion :

  • Le rayonnement international est redoublé : les marchés américains, asiatiques, indiens deviennent des terrains de conquête.
  • L’innovation est priorisée, avec des investissements en recherche et développement renforcés.
  • Une diversification raisonnée : il ajuste le portefeuille de produits, renforce les segments à valeur ajoutée, tout en surveillant les coûts et les cycles de marché.
  • Il n’impose pas la croissance à tout prix : il soigne les fondations de l’entreprise (qualité, fidélité des clients, solidité financière) avant de pousser l’expansion.

Ce chemin ne fut pas sans débats : certains médias pointent des critiques quant à la fiscalité, aux dividendes et à l’usage des aides publiques. Pierre accepta de répondre publiquement à ces critiques, rappelant que la vision de long terme, le maintien de l’emploi et les investissements export étaient les lignes rouges de son action. L’entreprise demeure aujourd’hui un exemple d’ETI résiliente sur des marchés exigeants, ancrée en France mais tournée vers le monde — un pont entre l’ambition et la responsabilité.

L’engagement patronal : donner du souffle à l’entreprise

Si beaucoup le connaissent pour sa stature industrielle, Pierre Gattaz s’est également imposé comme une voix forte du patronat français et européen.

Dès les années 2000, il occupe des responsabilités dans des organisations professionnelles du secteur de l’électronique, notamment le Groupement professionnel des industries de composants et systèmes électroniques (GIXEL). Ensuite, il préside la Fédération des Industries Électriques, Électroniques et de Communication (FIEEC) de 2007 à 2013.
Mais sa montée en puissance survient véritablement lorsqu’il est élu à la présidence du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) le 3 juillet 2013, pour un mandat de cinq ans. Dans ce rôle, il incarne un « patron des patrons » aux accents de réformateur. Il appelle à des baisses d’impôts, des flexibilités dans la législation du travail, une simplification des normes. Il porte une promesse audacieuse : créer un million d’emplois en cinq ans si les conditions étaient favorables. En 2018, il succède à Emma Marcegaglia à la présidence de BusinessEurope, le principal lobby patronal européen. Son horizon s’élargit alors : au-delà de la France, ses propositions visent à orienter la politique industrielle européenne, à défendre la compétitivité, à pousser l’innovation et à contrer les tendances protectionnistes.

Dans chacun de ses mandats, Pierre essaie de conjuguer deux dimensions : le plaidoyer pour l’entreprise libre et agile, et la responsabilité sociale, l’équilibre entre performance et justice économique. Il sait user de la posture — discours, tribunes, média — mais aussi écouter les entrepreneurs de terrain, lancer des programmes de soutien à l’employabilité, porter des initiatives dans les territoires.

L’alchimie humaine derrière le dirigeant

Derrière les prises de parole, les batailles patronales et les assemblées générales, il y a un homme profondément attaché à certaines convictions :

  • La force du lien local : Pierre n’a jamais négligé les racines territoriales. L’entreprise Radiall conserve des sites en France, dans des régions industrielles, malgré les sirènes de la délocalisation. Il croit qu’un projet d’entreprise s’inscrit dans un écosystème — salariés, filières, collectivités — et qu’on ne bâtit pas seul.
  • L’investissement dans les hommes : Pour lui, l’innovation ne naît pas dans un laboratoire fermé, mais dans la rencontre entre techniciens, ingénieurs, managers, avec une culture du défi. Il a toujours cherché à encourager la transmission des savoirs, l’émulation intellectuelle, la formation permanente.
  • La part du rêve : Même au cœur des décisions froides de chiffres, Gattaz s’efforce d’insuffler de la poésie : « croire dans ce qui n’est pas encore »« les possibles »« la France qui gagne ». Il a même créé, en 2019, un fonds de dotation nommé « Y Croire », destiné à encourager l’entrepreneuriat dans les zones isolées, urbaines ou rurales.

C’est à la fin de son mandat à la tête du MEDEF que Pierre Gattaz se tourne vers un nouveau projet passionné : celui de vigneron. Il rachète en 2018 le Château de Sannes dans le Luberon, en Provence, un domaine d’environ 70 ha. Il résume sa motivation ainsi : « Il y a tout dans un verre de vin » — l’histoire, la géologie, la nature, la culture. Pour lui, le domaine n’est pas un simple loisir : « C’est un projet entrepreneurial, territorial, environnemental », mêlant production, œnotourisme, transmission familiale. Dans cette aventure viticole, plusieurs engagements marquent sa démarche :

  • Conversion du vignoble au bio (certification obtenue en 2020) ;
  • Construction d’un chai moderne, accueil de chambres d’hôtes, développement d’œnotourisme et d’événements (concerts, séminaires, bien-être) ;
  • Fédérer les vignerons du Luberon autour de l’identité et de la visibilité de l’appellation : il lance le festival « Vins & Passions du Luberon » sur son domaine, pour associer vin, culture, terroir.
  • Maintenir une logique d’entreprise : dans une interview, il explique que « nous avons un ou deux enfants au chai, nous échangeons deux ou trois mails tous les soirs ». Ainsi, l’univers du vin devient pour lui un nouveau champ d’expression de son credo : entreprendre, transmettre, oser.

Le parfum : effluves du terroir et nuances d’élégance

Mais l’élan créatif de Pierre Gattaz ne s’arrête pas au vin. Dans l’esprit d’élargir la palette sensorielle de son domaine de Sannes, il s’engage également dans l’univers du parfum. Le domaine propose une création intitulée Songe de Sannes, fruit d’un travail avec le nez renommé Jean‑Claude Ellena. « C’est ma startup provençale », confie-t-il, mêlant humour et ambition. Le parfum puise ses matières à même le domaine : fleurs de vigne, bois de santal, pamplemousse, musc… Il s’inscrit dans la continuité du terroir et des sens. À travers cette initiative, Gattaz fusionne deux univers souvent éloignés : la rigueur industrielle et la délicatesse artistique. Le parfum devient autre chose qu’un produit : un symbole de l’identité du domaine, de l’écosystème (vigne, oliviers, nature), une invitation au voyage olfactif. Le projet parfum renforce également l’œnotourisme et l’expérience globale du domaine : on ne vient plus simplement pour la vigne, mais pour vivre l’univers sensoriel complet du Château de Sannes.

Héritage, portée et le temps qui vient

Aujourd’hui, Pierre Gattaz est reconnu comme une figure majeure du monde économique français et européen, mais aussi comme un vigneron-entrepreneur et un collectionneur de sens. Il a le titre de président chez Radiall, il a porté le MEDEF, il préside BusinessEurope, et il continue à nourrir des réflexions stratégiques sur l’industrie, la compétitivité et l’avenir.
Son action laisse plusieurs enseignements :

  • Qu’une entreprise familiale peut dépasser les logiques patrimoniales pour viser l’excellence technologique.
  • Que l’engagement dans des projets de terroir (vin) et de création (parfum) peut être cohérent avec la logique entrepreneuriale.
  • Que le rapport entre l’homme et l’institution, entre l’économie et l’esthétique, entre l’efficacité et la poésie est aussi un terrain de vigilance : rester aligné sur ses valeurs, conserver l’humilité malgré l’influence.

À l’heure où les modèles industriels vacillent, où l’innovation, la résilience et l’authenticité deviennent clés, l’itinéraire de Pierre Gattaz résonne comme une fable contemporaine : la quête d’un équilibre entre puissance et conscience, entre responsabilité et audace, entre terroir et esprit.